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Archives pour janvier 2009

Je déambule lentement…

Je déambule lentement dans le corridor de l’unité 3e H où attendent, assises ou debout, plusieurs personnes à qui j’offre des services. Dans les salles de traitements, couchés ou bien calés dans des fauteuils, des malades reçoivent des transfusions de sang ou des cocktails de chimiothérapie. Certains acceptent un verre d’eau ou un café et me remercient avec un sourire. Rarement impatients, la plupart de ces gens affichent une grande résignation.

Quand j’ai commencé à exercer mon bénévolat dans la section d’hémato-oncologie de l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, il y a près de dix ans, je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre. J’imaginais, par exemple, que les personnes gravement atteintes d’un cancer pouvaient parfois se laisser aller à des crises de larmes ou de désespoir. Bien sûr, des larmes sont souvent versées… mais point d’éclat !

C’est comme si ces grands malades en étaient arrivés à une autre phase de leur vie. Sans doute, ont-ils réagi avec colère ou détresse lorsque le verdict de pathologie grave a été prononcé. Sans doute, ont-ils éprouvé beaucoup de chagrin devant un pronostic de maladie plus ou moins incurable. Ces personnes ont également réfléchi, à coup sûr, à la mort, peut-être dans un contexte de désespérance.

Jean-Paul Sartre a déjà écrit que la vie commençait de l’autre côté du désespoir. À quoi bon pleurer, s’emporter, vociférer, déprimer ? Ne faut-il pas plutôt accepter tout bonnement ce que la vie nous laisse sur son passage ? Et, indubitablement, chez un grand nombre de patients, la résignation est le sentiment le plus répandu, du moins dans ce qu’on laisse paraître dans le langage gestuel et les mots échangés verbalement. Il faut prendra ça comme ça vient ! Il arrivera ce qui arrivera ! disent-ils, certains avec sérénité même.

Contraire de la révolte qui consiste à refuser l’autorité, une règle ou une situation de vie, la résignation est le fait d’accepter sans protester, une tendance à se soumettre sans trop réagir, selon les mots du Petit Robert. On se fait une raison, on renonce à ce qu’on aurait préféré. La résignation ne s’intègre pas très bien au système de valeurs de nos sociétés ultra-modernes axées sur la consommation effrénée et la satisfaction immédiate des besoins. D’aucuns pourraient prétendre qu’elle est la caractéristique des faibles et que les forts, les battants, n’en ont cure.

Pourtant, nos observations de bénévole nous incitent à croire que la résignation des grands malades relève d’une profonde sagesse de l’être humain. Une sagesse qui commande d’accepter finalement ce que la vie nous réserve pour éviter de se faire du mal, de se meurtrir, de plonger dans une profonde révolte souvent destructrice. Pourvu que, dans leur for intérieur, ces grands malades puissent continuer à lutter raisonnablement pour recouvrer santé et bien-être !

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