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                                                  Nos sociétés occidentales, tout axées sur le jeunisme et constamment à la recherche de la fontaine de Jouvence, nourrissent ce mythe persistant de l’inutilité de la personne âgée. Combien de gens ont l’impression que les vieux coûtent cher au système de santé, parce qu’ils sont surtout malades, qu’ils sont une entrave au développement socio-économique et que leur existence  est  souvent futile ?  

Une image dévalorisante

                        Bien que les propos sur la longévité et l’espérance de vie rehaussent l’image qu’on se fait habituellement des personnes âgées, mythes et préjugés semblent davantage ancrés dans l’esprit des jeunes et des adultes qui, souvent, ignorent ce que sont véritablement les aînés. Selon une étude publiée aux États-Unis,  les cadets croient que les sujets âgés ont les cheveux blancs, le visage ridé, le dos voûté, qu’ils sont  casaniers, passent leur journée à ne rien faire et que rien ne les distingue les uns des autres.  

                        Un peu dans le même sens, le Dr Roy L. Walford avoue : 

À en croire ces mythes, les vieillards sont improductifs, peu ou pas engagés, rigides, séniles, collés à l’écran de télévision dans leurs mouroirs, ou bien avachis sur un banc de parc, occupés à nourrir les pigeons et à regarder les gens passer;  et malgré ça, elle se multiplie cette masse énorme des lents à crever et des morts vivants, ridés et crachotants, engeance pitoyable à laquelle nul dans son bon sens ne souhaiterait appartenir.  Toujours selon ces mêmes mythes, les vieux sont inutiles, inintéressants, et l’on peut sans inconvénient les ignorer et les exclure. *

 

La réalité est heureusement différente

 

                               Pourtant, ce n’est pas ce qu’on peut observer  dans la demeure des aînés, les résidences pour personnes âgées ou  les centres d’hébergement:  les aînés fréquentent la bibliothèque, s’adonnent au bénévolat, jouent au bridge, participent à des conférences, à des repas communautaires ou des  visites guidées, vont au cinéma, reçoivent des amis, font de l’exercice et de la danse sociale,  écrivent, lisent, écoutent de la musique, discutent comme bien des jeunes ne réussissent pas à le faire. On passe ainsi du mythe à la réalité !

             De plus, dans nos sociétés modernes, on associe malheureusement vieillesse et mauvaise santé. Quelqu’un de vieux est vraisemblablement une personne malade. Pourtant,  un grand nombre d’aînés sont  en bonne santé et plus de 75 % vivent dans leur maison occupés à diverses activités…  En général, les aînés sont en bonne santé, s’efforcent de bien manger et de faire de l’exercice. Ils sont des adeptes du conditionnement physique, de la danse sociale, de la pétanque et de la marche. Ils développent de plus en plus le souci du mieux-être; leur apparence s’en ressent et il n’est pas rare de rencontrer des personnes, surtout des femmes, qui ne font absolument pas leur âge;  on leur donnerait 65 ans alors qu’ils en ont 76 !

                        L’engagement social des personnes âgées est proverbial. Au Québec, près de 2 millions de personnes consacrent annuellement environ 310 millions d’heures à la bienfaisance et ce sont en majorité des aînés. Ils sont à peu près partout : dans les arénas, les bibliothèques, les écoles, les hôpitaux, les centres d’hébergement, les entreprises, les musées… Leur action est altruiste et magnanime.  La plupart du temps, leur implication est silencieuse, puisqu’ils sont  des travailleurs de l’ombre. Et il n’est pas exagéré de prétendre que, sans le bénévolat, la société aurait bien du mal à s’acquitter convenablement de ses obligations. Qui plus est, l’État-providence rebrousse chemin et délaisse de plus en plus les services à la population. Qui peut prendre la relève si ce ne sont les bénévoles retraités empreints de générosité et de grandeur d’âme ?

             Que serait l’économie sans les vieilles et les vieux ? Ce sont souvent eux qui ont le temps et les moyens, parfois modestes, d’aller dans les restaurants ou de faire des achats dans les centres commerciaux. Ils vont au cinéma ou aux concerts. Et nombreux sont les aînés qui voyagent… Ils constituent donc un rouage important de l’économie. C’est quoi l’image négative de la vieillesse ? Nous assistons d’ailleurs à un phénomène social nouveau :  les septuagénaires paraissent de plus en plus jeunes dans leurs corps et leur esprit et les personnes de plus de 80 ans, actives, en santé, engagées dans bien des projets,  sont de plus en plus nombreuses. Seules l’éducation et l’information pourront changer la mentalité  à l’endroit de ces aînés dont certains sont plus dynamiques et vivants que des personnes dans la cinquantaine.

                                                                                   André Ledoux

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* Walford, Roy L., La Vie la plus longue, Paris, Éd. Robert Laffont, 1984, p. 202.

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